Théâtre du Shaman 2011/Bruno Meyssat

LE MONDE extérieur


  • Du 9 au 28 novembre 2010
  • Composition de Bruno Meyssat

    Conception et réalisation Bruno Meyssat avec Gaël Baron, Julie Moreau, Anne-Sophie Sterck, Marie-Laure Vrancken
    scénographie, plateau et lumière Pierre-Yves Boutrand, Bruno Meyssat, Olivier Mortbontemps
    univers sonore David Moccelin
    direction de production Philippe Puigserver
    administration Emmanuelle Moreau

    [marron]Cette capacité peu commune de muer en terrain de jeu le pur désert.[/marron]
    Michel Leiris
    [marron]Il y a donc deux lieux, le dedans et le dehors de l’individu.[/marron]
    [marron]Mais est-ce bien là tout ?[/marron]
    Donald Winnicott

    [bleu marine]Postulats[/bleu marine]

    Inventer/proposer un spectacle dont le sujet est un fait de société qui émerge - ou revient avec insistance - dans la presse – lors des mois qui précéderont les répétitions.
    Choisir “ce fait” en privilégiant son caractère de symptôme du monde où nous vivons.

    Certains événements qui surgissent ou s’installent dans l’espace collectif (un monde extérieur) ont d’étroites correspondances avec ce qui se passe de façon contemporaine à l’échelle de l’individu (un monde intérieur). Ils viennent matérialiser dans l’espace (celui où on peut se déplacer) ces forces agissantes qui nous habitent ou tourmentent nos vies privées. Dans le “grand jour” du monde paraissent ces sensations obscures et innommées de nous-mêmes.

    L’actualité nous tend comme un bilan biologique de ce qui nous atteint, car l’actualité nous atteint.

    [bleu]Comment s’y prendre ?[/bleu]

    Puisque certains événements « névralgiques » du monde “extérieur” existent aussi en nous de façon homologue, nous proposons de les restituer non pas en mettent en scène un texte préexistant ou la prose d’un article de journal, mais en partant de la personne de l’acteur qui, comme nous, les a intériorisés dans sa vie. Nous visons une construction sensible où l’histoire (la fable) ne sera ni repérable ni utile mais où les objets, l’espace, la lumière et le son agiront en compagnie de l’acteur.

    Cette écriture de plateau utilisera largement l’improvisation lors des répétitions car l’improvisation n’est pas un vain chaos mais convoque par essence des « actions flottantes » coordonnées où le subconscient a sa part. Elle convient donc parfaitement à notre souci d’un monde qui nous modèle, nous infiltre et nous illusionne à la fois.

    Pour Le Monde extérieur , l’acteur sera « provoqué » dans sa sensibilité par des phrases. Elles seront extraites d’articles de journaux.
    Le Monde extérieur est bien une peinture sur le motif mais, non figurative.

    [bleu]Quoi ?[/bleu]
    [marron]non pas une brèche, mais une expansion[/marron]
    [marron]comme l’or battu en vue d’une minceur aérienne[/marron]
    John Donne

    Le Monde extérieur est un essai théâtral qui, empruntant des chemins subconscients, tente une réponse plastique à ce que provoquent en nous les événements de la sphère sociale, politique et économique (faces disparates d’un même objet) même si la paroi économique est comme chacun le sait prédominante dans un monde « toutes transcendances éteintes ».

    Le sujet, nous venons de le choisir : Macondo 252

    Le 20 avril 2010, dans le Golfe du Mexique, peu avant 22 heures, une explosion suivie d’un très violent incendie ont ravagé la plate forme pétrolière Deeepwater Horizon. Elle sombrera le lendemain. Sur les 126 travailleurs présents, 11 ont disparu et 17 ont été blessés.
    Cette plate-forme - propriété de la société Transocéan et louée à BP - faisait partie de cette génération d’installation conçue pour entreprendre des forages ultraprofonds. Lors de l’accident, la tête de puits et sa vanne de sécurité défectueuse se trouvaient à 1 525 mètres sous la surface, Macondo 252 ayant atteint la profondeur de 3 960 mètres sous le plancher océanique.
    _
    En trois mois près de 650.000 tonnes de pétrole s’écouleront de cette plaie lointaine que seules des caméras ont pu observer. C’est la pollution la plus grave concernant les États-Unis d’Amérique, nation la plus avide en énergie de la planète.

    Fin août le puits a été définitivement rebouché. Demeurent plusieurs nappes de pétrole dilué (certaines de 35 kms de longueur) dérivant jusqu’à 1.000 mètres de fond. Elles laissent encore ouvert le bilan de cette catastrophe qui, au-delà de sa consternante chronologie, remet en lumière les faces cachées de cette activité économique majeure qui fait et défait la politique et initie l’histoire.

    L’activité pétrolière offshore repose sur des comportements économiques extrêmes qui sacrifient ou ignorent toute idée de prévention, de partage, de responsabilité envers la collectivité humaine et envers la nature : dérégulation du transport maritime (les plates-formes sont enregistrées comme des navires), paradis fiscaux, pavillons de complaisance, financement des partis politiques, mélanges des genres entre élites des sphères publiques et privées, fonds de pension....

    C’est à ces titres que cette pollution a été rapportée et commentée dans la presse planétaire. C’est malgré cela que cet événement a disparu de ces mêmes supports.

    Le pétrole, huile de roche, est une matière singulière par son âge et sa gestation. Véritable concentré de temps c’est le marqueur de notre mode de production.

    A l’état brut, il est l’Absent, mais le voilà omniprésent par tous ses dérivés : parangon de cette guerre du visible et du dérobé qui marque notre époque méfiante et travaillée par tout ce qu’on extrait de l’ombre et dont on tente la description.

    Le Golfe du Mexique est décidément une aire d’Apparitions.

    [bleu marine]Aspects[/bleu marine]

    Les paroles du Monde extérieur (témoignages définitions, extraits d’ouvrages, de législations, de romans, …) auront aussi cette fonction primordiale que possèdent les cartels pour les expositions : informer, mais surtout, aiguiser la perception et l’invention paradoxale du spectateur. Car ce spectacle occasionnera certainement des tensions entre ce qu’on voit et ce qu’on entend.
    Des images qui procurent à leur public l’occasion de reconvoquer les siennes propres, intimes et peu fréquentées : celles dont on pense « qu’elles n’ont rien à voir » avec le sujet de la représentation et qui justement ont tout à voir avec ce qui nous occupe.
    Se trouver ainsi impliqué par les résonances indirectes de ce qu’on perçoit, s’y voir « réfléchi » peut être l’occasion de repenser collectivement à ce qui nous arrive.
    Un théâtre de correspondances (en cascade) en somme.

    [bleu marine]Quelle Presse ?[/bleu marine]

    “Le MONDE diplomatique” (mensuel) et “Courrier International (hebdomadaire).

    - les sujets traités ne sont pas ceux de l’urgence éditoriale. L’angle par lequel ils sont traités désigne un point aveugle des événements mais il s’approche aussi de leur fovéa : ce point de l’œil où l’image est la plus nette.

    - ses articles sont assortis de données chiffrées. Les sources précises sont mentionnées. Elles nous permettent de poursuivre à notre tour une investigation approfondie, une dramaturgie pouvant se ramifier au gré de nos besoins.

    - ces publications reçoivent la contribution de journalistes et spécialistes du monde entier Ceci permet une perspective véritable et une objectivité accrue.

    [bleu marine]Désirer[/bleu marine]

    Relier entre eux des faits laissés disparates par la négligence ou l’idéologie.

    Faire réapparaitre la sensation d’un réel éminemment lié, tant il est vrai que la société est un organisme cohérent (ni miroir brisé, ni sac de nœuds où s’agite de l’aléatoire).

    Pouvoir regarder sur un plateau ce que des corps ont inventé comme équivalent concret aux faits et gestes d’un monde que l’on subit d’autant plus qu’on redoute à l’interpréter.

    Donner leurs chances à des associations d’idées de nous parler du Fait social autant et mieux que ne le font des associations de malfaiteurs.

    Accepter profondément et sincèrement cette remarque de Donald Winnicott :
    [marron]« Les paradoxes ne sont pas faits pour être résolus, mais pour être regardés. »[/marron]

    Bruno Meyssat

    Les spectacles de Théâtres du Shaman sont uniques dans le paysage théâtral français. Il est cocasse de dire que c’est de "l’écriture contemporaine”, non pas parce que “l’auteur” est encore vivant mais parce que c’est le spectateur qui réalise lui-même l’image dans l’instant même où il est le témoin des actes du plateau. Il leur donne en quelque sorte leurs noms. Cela se passe même à son insu et l’image se greffe dans son esprit ou son âme. Les personnages et tout ce qui se déroule en sa présence sont ce que le spectateur-rêveur vivra à leur sujet.

    La compagnie Théâtres du Shaman est conventionnée par la Drac Rhône-Alpes
    et la Région Rhône-Alpes. Elle est subventionnée par la Ville de Lyon.

    www.theatresdushaman.com




    Les résidences en cours et à venir